Il y a des adresses qui ne ressemblent à aucune autre
Au 5 rue Morand à Paris, il y a un restaurant qui s'appelle Thala.
En kabyle, tala veut dire "la fontaine". Et comme une fontaine, l'endroit est vivant, simple, généreux et il vient de loin.
Derrière la porte, une femme algérienne avec un parcours qu'on n'associe pas spontanément à la vapeur du couscous, aux épices ramenées dans les bagages depuis Alger, aux journées qui commencent avant l'aube et finissent après minuit. Et pourtant.
C'est cette histoire-là qu'on est allé chercher. Parce que chez Cercle DZ, on croit que les tables algériennes méritent d'être racontées pas seulement répertoriées.
Un virage inattendu, une décision radicale
Elle ne cherchait pas à ouvrir un restaurant...
Au départ, l'idée était plus modeste : une pâtisserie, peut-être une sandwicherie, quelque chose à son image.
Pendant le Covid, alors que le monde avait marqué une pause, elle en avait profité pour passer son CAP pâtissier à distance. Pas par calcul, par envie, par curiosité. Parce qu'apprendre, même dans le vide d'une époque suspendue, ça avait du sens.
La recherche d'un local à Paris dura plus d'un an. Des visites, des propositions, des portes fermées et puis un local se présente un ancien restaurant italien. L'agent immobilier tarda à transmettre son offre mais quelque chose d'autre se produisit.
Dans un aéroport, une rencontre. Une inconnue, sans endroit où aller. Elle lui dit spontanément : "Si vous n'avez pas où aller, ne vous inquiétez pas, je vous prends chez moi." Ce geste-là cette générosité instinctive parvint aux oreilles de la propriétaire du local. Plutôt que de vendre à l'offre la plus haute, elle choisit de confier son bien à cette femme. À son authenticité, à sa détermination.
Thala ouvrit ses portes les 22 février 2024.
Thala, c'est un village, Thala, c'est une mémoire.
Le nom n'est pas un hasard de communication. Thala est le nom de son village natalTaïla Toras, en Kabylie. La fontaine du village. L'image de l'enfance, de l'eau fraîche, des racines profondes enfoncées dans la terre kabyle.
"Thala, c'est la fontaine en kabyle. C'est le nom de mon village natal."
Il n'y avait pas d'autre choix possible.
Et cette fidélité aux origines n'est pas décorative, elle n'est pas un argument marketing,elle est au cœur de chaque assiette, de chaque décision prise depuis l'ouverture.
Thala ne propose pas ce qu'on trouve partout. Pas de brochettes sur lit de frites. Pas de carte générique qui joue la sécurité.
La fondatrice a voulu combler un vide réel et documenté : celui de la cuisine algérienne du terroir à Paris.
La cuisine kabyle dans toute sa profondeur avec ses plats régionaux trop souvent invisibles dans la restauration française : le couscous maison, le stam, la chouchouka.
Pour y parvenir, elle a fait quelque chose d'exigeant et de beau. Elle est allée chercher les femmes qui savent, des femmes de Saada, de la petite Kabylie.
Elle les a invitées dans sa cuisine, écoutées, regardé faire, appris à leurs côtés.
"Pour faire un plat nouveau, je ramène toujours des personnes qui sont de la région. Pour ne pas faire n'importe quoi, pour ne pas faire des recettes sur YouTube ou quelque chose comme ça."
Les épices viennent d'Algérie, dans ses bagages. Les mélanges, elle les compose elle-même. Rien n'est délégué à une approximation, rien n'est sacrifié à la facilité.
"Algérien" : un mot qu'elle assume quand d'autres hésitent
Dans le paysage de la restauration parisienne, il existe une réalité que beaucoup préfèrent taire : de nombreux établissements d'origine algérienne se présentent sous l'étiquette "orientale" jugée plus accessible, plus rassurante pour une clientèle française peu familière des nuances de la cuisine maghrébine.
Elle, elle a fait le choix inverse et elle l'a fait délibérément.
"Avant, il n'y avait pas de restaurants algériens. Nous, quand on a ouvert, il n'y avait pas. On cherchait juste à mettre le restaurant algérien. On n'a pas trouvé comment mettre après. C'est pour ça qu'il y en a beaucoup qui ont mis marocain."
Ce choix politique, culturel, commercial, elle l'assume sans détour et il porte ses fruits, après deux ans, sa clientèle est d'abord algérienne, fidèle, prescriptrice et de plus en plus française, attirée par la singularité d'une proposition qu'on ne trouve nulle part ailleurs à Paris.
"La cuisine algérienne est différente de la cuisine marocaine. Quand même, on a une cuisine."
Une phrase simple. Une évidence qu'il a fallu du courage pour afficher sur une devanture parisienne.
La réalité économique : sans romantisme
Elle ne cache rien de ce que la restauration représente vraiment.
Les loyers parisiens sont excessifs. Le prix de la viande a doublé en quelques années. Sans alcool un choix assumé, pas subi les marges sont comprimées au minimum. "Quand on n'a pas d'alcool, les marges sont minimes."
28 couverts. Un cuisinier, un serveur, elle. Fermé le lundi. Deux services en semaine, réservations obligatoires pendant le Ramadan.
Une organisation millimétrée pour que chaque table soit vécue comme une expérience, pas comme un passage.
"On prend les 28 places, les gens, ils sont bien, ils mangent bien."
Elle avoue la fatigue. Deux ans à ne pas dormir assez. D'autres projets qui attendent quelque part, dans un coin de la tête. Mais Thala tourne, les tables se remplissent, les gens reviennent et les influenceurs algériens, souvent gratuitement, continuent à en parler.
"C'est des sacrifices. Une fois que c'est parti, on ne peut pas faire marche arrière."
Et puis cette phrase, qui dit tout sur sa philosophie :
"Quelqu'un qui veut, il va y arriver. C'est pas facile avec tout ce qui se passe maintenant. Surtout pour les restaurateurs. Mais quand même, pour ceux qui travaillent, ils arrivent."
Ce que Thala dit de nous
Thala n'est pas seulement un restaurant, c'est un acte de présence culturelle dans une ville qui ne nous voit pas toujours.
C'est une femme, seule, qui a décidé que la cuisine algérienne du terroir méritait une adresse à Paris. Qui a trouvé le local contre toute attente. Qui a formé son équipe, authentifié ses recettes auprès des femmes des régions concernées, importé ses épices dans ses valises et ouvert les portes en février 2024.
Pour nous, chez Cercle DZ, c'est exactement le type d'histoire qu'on veut raconter et valoriser. Celle des entrepreneurs DZ de la diaspora qui construisent, qui tiennent, qui élèvent leur niveau sans attendre la permission. Celle des adresses qui portent une identité et qui le revendiquent.
Thala fait partie du réseau de restaurants que Cercle DZ sélectionne pour ses tables de matching. Parce que bien manger ensemble, c'est déjà une forme de réseau.
Infos pratiques — Restaurant Thala
Adresse 5 rue Morand, Paris
Cuisine : Algérienne traditionnelle · Kabyle du terroir |
Spécialités Couscous maison · Chouchoufra · Stam kabyle
Capacité 28 couverts
Fermeture Lundi
Service midi 12h – 14h30
Service soir 18h30 – 22h30 (sem.) · jusqu'à 23h (week-end)
Réservation Conseillée
Alcool Non servi
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Article rédigé par Cercle DZ dans le cadre de la série éditoriale DZ Storytelling Talent portraits d'entrepreneurs de la diaspora algérienne qui font vivre notre culture.
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